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  • 2 octobre 2018
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    SAVATE BF et Jiu-Jitsu

  • Petit résumé d’un des excellents passages de l’ouvrage de F. Loudcher, « histoire de la Savate, du chausson et de la Boxe Française » (1797/1978, chez l’Harmattan).

    Il permet de dépasser la simple caricature du sport « franchouillard » et met en avant les difficultés internes et historiques qui font de la Savate Boxe Française une discipline à part entière.

    Le contexte historique du début du XXe siècle

    Au début du XXe siècle se développe un discours sécuritaire fort, véhiculé par les médias (1906-1910), et qui fait écho au sein de la population. C’est le retour du mouvement nationaliste, largement inspiré par les organes de presse comme le Matin ou la Patrie. Ils retracent les méfaits spectaculaires des fameux Apaches, bandes organisées et hautement technologisée. Et tout cela va aboutir à cette fameuse nouvelle police « Les brigades du tigre », à leurs méthodes scientifiques et à la Savate institutionnelle. C’est aussi l’époque des attentats anarchistes et de leur dérives mafieuses, et des alliances aux sorts mouvementées enter les Français, les Anglais et les Allemands.

    Les combats de Boxe Anglaise sont de moins en moins marginalisés, et les règles du Marquis de Queensburry instaurées en 1891 offrent un cadre cohérent qui va lui permettre de se répandre rapidement (combats autorisés en Angleterre). Le public répond alors favorablement à ce style de confrontation qui lui permet de libérer ses émotions par le spectacle. La Boxe Anglaise profite alors de la violence de cette époque, favorisée par un sentiment d’insécurité profond.

    La Savate et le Jiu-jitsu

    Deux mouvements se proposent de répondre à ce sentiment sécuritaire, en proposant une auto-défense basée sur :

    • Les méthodes de Emile André, qui propose une combinaison de Boxe, de lutte libre et de Jiu-Jitsu (affrontement)
    • La Boxe Française, qui s’inscrit dans un affrontement basé sur la notion de duel au premier sang, de la démonstration, du discours et du symbolique. C’est l’école de C. Charlemont qui met en avant la notion de culture physique, d’éducation et de renforcement chère à l’époque ; école contestée par un courant frondeur, représentée par la Fédération Française des Sociétés de Boxe (1903), qui prône une certaine violence, une certaine réalité dans l‘affrontement.

    D’après quelques auteurs, la rencontre Dubois-Régnier (Dubois : professeur de savate ; R égnier : combattant de Jiu-Jitsu) va marquer les esprits. Les gens de l’époque voient dans cette rencontre la supériorité d’une discipline asiatique et magique face à « l’art pugilistique national qui ne peut démontrer son savoir dans le domaine de la self-défense ». La composante imaginaire, la mort symbolique de la touche annoncée fait place à une « logique plurielle », où le hors combat en Anglaise et la chute et l’immobilisation en Jiu-Jitsu permettent de lier les sanctions réelles à l’imaginaire de l’affrontement (mise en scène). Le Jiu-Jistsu est alors enseigné officiellement dans la police (1905), comme le relatent la presse (Le Matin ou La Presse).

    Le jiu-jitsu s’installe dans l’auto-défense, pendant que la boxe anglaise, elle, s’installe dans le créneau de la compétition sportive.

    Le déclin de la Savate Boxe Française

    Le nouveau modèle Boxe Française, proposé par Cabrier ou Leclerc, où les coups sont enchaînés et fluides, où l’apprentissage est long car technique, n’arrive pas à s’imposer. Les nouveaux pratiquants recherchent le résultat avant tout et ne prennent pas le temps d’apprendre. La boxe anglaise est préférée à la Boxe Française, de renommée internationale, plus rapide dans son apprentissage car faisant place plus facilement à l’aspect moral et psychologique. De plus, cette méthode n’arrive pas à concurrencer les émotions véhiculées par le spectacle des matchs d’anglaise qui fait écho au regain du sentiment de violence de l’époque.

    Le déclin de la Boxe Française est enclenché avant la guerre. L’Armée supprime « la leçon à quatres faces » et remet en cause le modèle de Joinville dans l’institution militaire. L’investissement dans l’école est remis en cause très vite. Et bien que présente dans le milieu scolaire grâce à Mainguet, la Boxe Française est évacuée des programmes scolaires de gymnastique pour le premier cycle du secondaire après la première guerre mondiale.

    Celle-ci, avec la disparition d’un nombre important de dirigeants durant la guerre sonnera la fin de la Boxe Française Académique.

    Le renouveau de la Savate Boxe Française

    Après une période vide entre les deux guerres, le renouveau de la Boxe Française va s’exercer grâce aux actions du Comte P. Baruzy. Dès 1946, la boxe française semble connaître un accroissement important de ses adeptes et profite de la remise en route de l’économie Française. Dès lors, 3 tendances s’affrontent très vite :

    • Self-défense qui favorise la pratique de rue
    • Académique qui considère le développement de la boxe française d’un point de vue éducatif et symbolique (P. Baruzy, P. Plaisait), pour les valeurs qu’elle représente et les qualités viriles et morales qu’elle est censée développer
    • Combatif

    Néanmoins, cette dernière tendance est freinée par le conservatisme de P. Baruzy. Reste alors une boxe française à la recherche d’une identité entre le self-défense et l’académisme.

    De plus, cette époque de reconstruction favorise l’éducation centrée sur la pratique hygiénique ainsi que sur les méthodes d’enseignement. L’éducatif est privilégié par rapport au combat et à la compétition. Les discours tenus sont traditionnels : la discipline développe des qualités d’autodéfense, de confiance en soi, et de santé physique. Les qualités morales de la pratique sont mises en avant. Le gouvernement est officiellement lui aussi tourné vers cela. L’éducation fait sienne les principales thèses de cet enseignement.

    C’est un nouveau contexte politique et social que va renaître la boxe française. 1964, le judo est devenu sport Olympique. C’est le sport de combat de référence en France. Le G. De Gaulle (1958) détermine les nouvelles donnes politique et économique. Le sport de compétition devient un enjeu symbolique national. La boxe française, ballottée par ces deux tendances, éducative et compétitive (avec Lafond par exemple) va devoir trouver une solution.

    Celle-ci est trouvée grâce à la création d’un organisme en 1965, la F.F.J.D.A., auprès de laquelle s’affilie la boxe française en se retrouvant en tant que Comité National de Boxe Française. Celui-ci va utiliser les structures officielles et valorisantes de cette fédération pour investir et sur le plan éducatif (le courant académique, scolaire et universitaire, avec l’assaut) et sur le plan sportif (les compétitions civiles)les structures étatisées ; politique relayée par le ministre M. Herzog vis-à-vis de l’enjeu important de l’école sur le plan national.

    La Savate Boxe Française d’aujourd’hui

    En 1973, le comité devient fédération. Puis en 1974, devient un groupement indépendant « Fédération Nationale de Savate Boxe Française ». En son sein, deux courants sont toujours en opposition morale : l’un éducatif, l’autre plus tourné vers le combat spectacle. Mais le ministère fait le choix de la première solution et accorde la délégation de pouvoir au premier mouvement cité.

    En mai 1974, lors de l’AG, l’option combative de la boxe française est mise en minorité. Ce qui provoque la scission entre les deux courants. La savate se crée en Fédération Nationale de Savate. Mais les impératives politiques ministérielles, économiques et concurrentiels (quatre pôles : compétition, loisir, santé, self-défense) de l’époque vont réunifier les deux fédérations qui vont devenir : fédération française de Boxe Française Savate.

    Aujourd’hui la Boxe Française Savate est appelée SAVATE Boxe Française. Il semble donc que le courant compétitif est gagné dans ce choc culturel des traditions du sport en France. Néanmoins, la partie éducative qui fut obligée d’évoluer vers le combat semble avoir gagné sur le plan administratif. Elle a imprégné une certaine façon institutionnelle et idéologique de fonctionner.

    Le centralisme, l’amateurisme et la défense de principes éducatifs et moraux en sont les principes fondamentaux.

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